Permis de louer : l'autorisation de la mairie que beaucoup de bailleurs oublient (et l'amende de 5 000 euros)
Vous avez trouvé un locataire, le dossier est solide, le bail est prêt à signer. Mais dans certaines communes, la mairie doit être prévenue, ou même donner son accord, avant que vous louiez votre logement. Ce « permis de louer » n'existe que dans les zones que la commune ou l'intercommunalité a délimitées, et beaucoup de bailleurs le découvrent trop tard, quand une amende arrive ou que la Caf refuse de verser l'APL directement. La règle tient en une phrase : avant de louer, demandez à la mairie si votre rue est concernée, puis faites la déclaration ou la demande qui correspond.
Deux régimes différents se cachent derrière le permis de louer
Le « permis de louer » recouvre deux dispositifs que les collectivités peuvent instaurer, chacun sur des quartiers ou des immeubles précis. Ils reposent sur des textes distincts du code de la construction et de l'habitation : la déclaration au chapitre IV du titre III du livre VI, l'autorisation préalable au chapitre V.
| Déclaration de mise en location | Autorisation préalable de mise en location | |
|---|---|---|
| Quand agir | Dans les 15 jours qui suivent la signature du bail | Avant de signer le bail |
| Formulaire | CERFA 15651 | CERFA 15652 |
| Réponse de la mairie | Un récépissé, sans décision | Un récépissé, puis une décision sous un mois |
| La mairie peut-elle refuser ? | Non, elle est informée | Oui, si le logement n'est pas décent ou menace la sécurité ou la salubrité |
| Amende maximale | 5 000 euros | 5 000 euros, puis 15 000 euros en cas de récidive ou de location malgré un refus |
Dans les deux cas, seule une nouvelle mise en location est visée. Le renouvellement du bail, sa reconduction ou un simple avenant avec votre locataire actuel n'impose aucune démarche, comme le précise l'article R. 635-1 du même code.
La déclaration se fait après la signature, dans les 15 jours
Si votre logement est dans une zone soumise à déclaration, vous la déposez auprès de l'intercommunalité ou de la mairie dans un délai de quinze jours suivant la conclusion du bail. C'est ce que prévoit l'article L. 634-3 du code de la construction et de l'habitation. La commune n'a pas à donner son accord : elle est simplement informée.
Le dépôt vous donne un récépissé, dont vous transmettez une copie à votre locataire. La déclaration se renouvelle à chaque nouvelle mise en location, et le dossier de diagnostic technique y est annexé lorsqu'il doit figurer au bail.
L'autorisation préalable se demande avant de signer
Dans une zone d'autorisation préalable, vous ne pouvez pas conclure le bail avant d'avoir obtenu l'accord de la mairie ou de l'intercommunalité. La demande se fait avec le formulaire CERFA 15652, et le dépôt donne lieu à un récépissé. Selon l'article L. 635-4, l'absence de décision expresse dans le délai d'un mois vaut autorisation : le silence est un accord. Ce silence ne dit rien de la décence du logement.
L'article L. 635-3 permet à l'autorité de refuser ou d'assortir l'autorisation de conditions si le logement ne respecte pas les caractéristiques de la décence, ou s'il menace la sécurité des occupants ou la salubrité publique. Un refus doit être motivé et préciser les travaux prescrits. La loi du 9 avril 2024 dite « Habitat dégradé » a aussi donné un cadre légal au droit de visite : l'autorité peut faire visiter le logement pendant l'instruction, entre 6 heures et 21 heures, et l'autorisation du juge des libertés et de la détention est nécessaire si l'occupant s'y oppose (voir l'article 8 de cette loi).
Trois règles pratiques complètent le dispositif :
- l'autorisation doit être jointe au bail, et elle se renouvelle à chaque nouvelle mise en location (article L. 635-5) ;
- elle devient caduque si elle n'est pas suivie d'une mise en location dans les deux ans suivant sa délivrance (article R. 635-3) ;
- en cas de vente ou de donation, une autorisation encore valide peut être transférée au nouveau propriétaire, avec l'accord de son bénéficiaire initial.
Votre logement est concerné seulement si la commune l'a décidé
C'est le point le plus délicat : le dispositif est décidé localement, quartier par quartier, par délibération de l'intercommunalité compétente en matière d'habitat ou, à défaut, du conseil municipal. L'article L. 634-1 précise que la délibération fixe la date d'entrée en vigueur, au moins six mois après sa publication. Il n'existe pas de registre national à jour : les estimations varient de quelques centaines à plus de sept cents territoires selon les sources. Un logement peut être concerné, et celui de la rue voisine non.
Trois réflexes utiles :
- Contactez le service urbanisme ou logement de votre mairie avant de publier l'annonce : c'est la source la plus fiable.
- Interrogez votre ADIL départementale, dont les conseillers renseignent gratuitement. L'ANIL et la fiche de Service-public.fr décrivent les deux régimes.
- Si une agence ou un mandataire gère la location, demandez-lui de vérifier ce point. La demande peut être établie par le bailleur ou son mandataire, mais l'amende vise la personne qui met en location : mieux vaut donc vous assurer que la démarche a bien été faite.
Le dispositif ne s'applique ni aux logements mis en location par un organisme de logement social, ni à ceux qui font l'objet d'une convention APL avec l'État. Il concerne en revanche les contrats de location soumis au titre Ier de la loi de 1989, donc les locations vides comme les meublés loués en résidence principale.
Sans récépissé de déclaration, l'APL ne peut pas être versée au bailleur
Voici ce que beaucoup de bailleurs ignorent. Dans une zone soumise à déclaration, le bénéfice du tiers payant des aides personnelles au logement, c'est-à-dire l'APL versée directement au bailleur, est subordonné à la production du récépissé de déclaration. Le texte figure à la fin de l'article L. 634-3 du code de la construction et de l'habitation.
Concrètement, sans déclaration, la Caf peut refuser de vous verser l'aide : vous devez alors la récupérer auprès du locataire, avec le risque d'impayé que cela suppose. Une formalité oubliée peut donc fragiliser l'équilibre financier de la location. Le texte vise les zones de déclaration : si votre logement est en zone d'autorisation préalable, renseignez-vous auprès de votre Caf sur les pièces qu'elle demande.
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Depuis la loi Habitat dégradé, ce n'est plus le préfet qui prononce l'amende : c'est le maire ou le président de l'intercommunalité, et le produit lui revient. Le décret du 30 octobre 2024 a adapté les textes d'application en conséquence. Le contrôle est donc devenu plus local.
| Situation | Amende maximale | Texte |
|---|---|---|
| Location sans déclaration | 5 000 euros | article L. 634-4 |
| Location sans demande d'autorisation | 5 000 euros | article L. 635-7 |
| Nouveau manquement dans les trois ans (régime d'autorisation) | 15 000 euros | article L. 635-7 |
| Location malgré une décision de rejet de la demande | 15 000 euros | article L. 635-7 |
L'amende doit être proportionnée à la gravité du manquement, et elle ne peut pas être prononcée plus d'un an après sa constatation. Surtout, la procédure laisse une porte de sortie : avant toute sanction, l'autorité vous informe de la possibilité de présenter vos observations dans un délai d'un mois. Pendant ce délai, vous pouvez régulariser en déposant la démarche manquante et en joignant le récépissé à vos observations (article R. 635-4). Un oubli de bonne foi se rattrape donc souvent si vous réagissez vite.
L'absence de démarche reste sans effet sur le bail : le locataire conserve son contrat.
Avant votre prochaine mise en location, vérifiez trois choses
Le permis de louer n'est pas une usine à gaz, mais il s'anticipe. Intégrez la vérification à votre calendrier de mise en location : appelez la mairie avant de diffuser l'annonce pour savoir si le logement est en zone de déclaration, en zone d'autorisation préalable, ou hors dispositif.
Si c'est une autorisation préalable, comptez un mois dans votre planning, puisque vous ne pourrez pas signer avant. Si c'est une déclaration, notez l'échéance des 15 jours dès la signature et conservez le récépissé : il conditionne le tiers payant de l'APL. Un peu d'anticipation évite une amende, sécurise le versement des aides de votre locataire, et vous permet de rester ce que vous êtes : un propriétaire serein, pas un gestionnaire débordé.
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Le permis de louer s'applique-t-il à toutes les communes ?
Non. Seules les zones délimitées par une délibération de l'intercommunalité ou de la commune sont concernées, et la date d'entrée en vigueur est fixée par cette délibération. Demandez à la mairie ou à l'ADIL si votre rue en fait partie.
Dois-je refaire la démarche si je renouvelle le bail de mon locataire ?
Non. Le renouvellement, la reconduction du bail ou un avenant ne constituent pas une nouvelle mise en location. La démarche se refait en revanche à chaque nouvelle mise en location, par exemple après le départ d'un locataire.
Que se passe-t-il si la mairie ne répond pas à ma demande d'autorisation ?
Si aucune décision expresse n'est notifiée dans le délai d'un mois à compter du dépôt, le silence vaut autorisation. Conservez le récépissé de votre demande et la date de dépôt, car ce sont eux qui prouvent le point de départ du délai.
Mon bail est-il valable si j'ai oublié la déclaration ?
Oui. L'absence de déclaration ou d'autorisation est sans effet sur le bail dont bénéficie le locataire. Le risque porte sur vous : l'amende, et pour la déclaration, le blocage du tiers payant de l'APL.
Ce qu'il faut retenir
- Appelez la mairie avant de publier votre annonce pour savoir si le logement est en zone de déclaration ou d'autorisation.
- En zone d'autorisation, déposez le CERFA 15652 et attendez la réponse : le silence au bout d'un mois vaut accord.
- En zone de déclaration, déposez le CERFA 15651 dans les 15 jours qui suivent la signature, et gardez le récépissé pour la Caf.
- En cas d'oubli, régularisez dans le mois qui suit le courrier de la mairie.
- Pour joindre l'autorisation au contrat et suivre vos échéances, utilisez la génération de bail conforme de Lokto.